DAVID FIODOROVICH
OISTRAKH

LE CONCOURS TCHAÏKOVSKY


La grande salle du conservatoire Tchaïkovsky à Moscou.
Le Concours Tchaïkovsky qui a lieu tous les quatre ans est réputé pour être la plus exigeante des compétitions musicales mondiales, à côté des concours Marguerite Long/Jacques Thibaud (Paris), Paganini (Gêne), Leventritt (New York), Reine Élisabeth (Bruxelles). La question de l'intérêt de telles joutes dans un domaine artistique éminemment subjectif reste posée, d'autant que la plupart des lauréats ne sont pas forcément ceux qui feront les carrières les plus significatives... Seuls quelques noms nous reviennent en mémoire quand il s'agit de citer les vainqueurs des dix dernières années, par exemple. Mais, il n'en reste pas moins que l'on ne peut pas remporter une victoire en étant un artiste de second plan, incomplet techniquement et inaccompli musicalement.

Demandez le programme!


Le concours Tchaïkovsky fut créé en 1958. Il y eu simultanément un concours pour le violon et un pour le piano. Selon Harris Goldsmith, "les organisateurs de ce premier concours se l'imaginaient comme une sorte de drame passionnant qui mettrait en valeur les merveilleux jeunes talents soviétiques et révélerait au monde entier la supériorité de l'art socialiste". Le premier prix dans la catégorie violon fut remis à Valery Klimov, élève de David Fiodorovich Oistrakh, pur produit de l'école russe. La violoniste américaine Joyce Flissler reçut un second prix. Le premier prix dans la catégorie piano fut remis, contre toute attente, à un jeune pianiste texan de 23 ans, Van Cliburn, qui emporta le vote unanime des trois jurés soviétiques Sviatoslav Richter , Emil Gilels et Tatiana Nikolaïeva.

Président du jury en 1962. Remarquez Leonid Kogan à droite!

Plus récemment, signalons qu'un jeune violoniste français, Raphaël Oleg , remporta le Premier Prix du concours Tchaïkovsky en 1986. Son jeu, très subtil et intelligent, se distingue par une grande recherche dans les nuances, par une analyse très profonde de l'architecture musicale de ce qu'il joue. Il mène une carrière mondiale, enchaînant les enregistrements et les concerts (régulièrement à l'affiche à Paris, Lyon...). Il joue également de l'alto (les sextuors de Brahms enregistrés avec la "bande" à Régis Pasquier, plus récemment le quintette de Brahms avec le quatuor Sine Nomine). Avec la violoncelliste Sonia Wider-Atherton, ils forment un duo original qui a enregistré un CD. 
David Fiodorovich fut régulièrement Président du jury du concours Tchaïkovsky. Beaucoup de ses élèves y furent récompensés parmi lesquels Valery Klimov (Premier Prix en 1958), Oleg Kagan (Second Prix en 1966), Oleg Kryssa (Troisième Prix en 1966),  Vladimir Spivakov, mais surtout Gidon Kremer qui remporta le concours en 1970. Les relations très fortes qui unissaient humainement et artistiquement les deux hommes sont évoquées ici par le violoniste lituanien dans la série d'émissions télévisées réalisée par Bruno Monsaingeon et consacrées à David Fiodorovich.
"Il est déjà très difficile de concilier la vie avec les concerts. Et quand je pense à David Fiodorovich, je me dis Mon Dieu, et en plus, il enseignait!
Lors de mon entrée au Conservatoire de Moscou, voulant être dans la classe de DFO (David Fiodorovich Oistrakh), je fus confronté à un terrible dilemme. DFO me dit: je suis prêt à te prendre à condition que tu te plies à toutes mes exigences. Vous imaginez, vous avez 18 ans, vous vous cherchez et on vous dit de vous soumettre!
Quand DFO comprit que mon caractère quelque peu indomptable et anarchique ne venait pas de ce que je voulais à tout prix tout faire à l'envers, quand s'amorça cet échange d'énergie qui nous lia pendant 8 ans, nous eûmes des relations très heureuses.
Aux leçons, j'étais souvent très contracté. Je m'étais préparé de mon mieux mais venaient ensuite les remarques de DFO. Je devenais si pétrifié que je ne pouvais plus jouer. Tout ce qu'il exigeait, j'avais besoin de le vivre, de le peaufiner chez moi pour ensuite le lui montrer. Il prenait le violon quand un étudiant avait un problème et montrait instantanément la solution.
Parfois, on soupçonnait l'existence dans la classe de DFO d'une tendance à reproduire des tas de petits Oistrakh, un peu comme si les décisions du Politburo de l'époque avaient été: cette année, il nous faut 10 petits Oistrakh, et l'année prochaine, 18... Ainsi, ils auraient pu exhiber sur toutes les scènes du monde leurs petits Oistrakh.
Mais DFO, lui, n'a jamais cherché cela. Il encourageait au contraire la spécificité de chacun. Je crois qu'il avait de la sympathie pour tout ce qu'il ne pouvait pas se permettre pour des raisons de génération, de statut, d'âge.
Cela le chatouillait agréablement de voir quelqu'un faire plus que de le suivre... "

Le Président du Jury remet le Prix à Gidon Kremer, en 1970.

Voici le programme imposé lors du concours 1974, le dernier que David Oistrakh présida. Comme toujours, l'intégralité des épreuves fut enregistré et filmé, puis diffusé plus tard sur les chaînes T.V. et radio. Pour ne pas ajouter au stress des candidats, aucune diffusion n'est faite en direct.
Notons que cette année-là, la française Marie-Annick Nikolas fut qualifiée pour la finale!
Le concours fut ouvert aux disciplines suivantes: piano, violon, violoncelle, chant. 281 candidats toues disciplines confondues, 103 venaient des pays du bloc de l'est, les cinq continents étaient représentés avec pour la première fois, des musiciens venant d'Iran, d'Égypte, de Panama, d'Irlande, du Salvador...


En tant que Président du jury, il lui incomba la tâche d'annoncer qu'il n'y aurait pas de premier prix, que le violoniste américain Eugen Fodor (élève de Jasha Heifetz), que le russe Ruben Agaronian (son élève), que la russe Gvasalia Russun-Dan (élève de Leonid Kogan qui travailla également avec Oistrakh pour préparer et remporter le premier du Concours Long/Thibaud l'année précédente!) recevaient ex-aequo le second prix, et que la française Marie-Annick Nikolas recevait le troisième prix.
De dos, sur la chaise de Président .
Remise du second Prix à Fodor.
Russun-Dan, Fodor, Nikolas, Agaronian


Il faut noter la superbe initiative des disques Bmg/Melodiya d'éditer les enregistrements effectués lors des différentes finales du concours! Pour le volume 1 de ce que l'on espère être une véritable collection, Vladimir Ashkenazy et John Ogdon, Premiers Prix ex-aequo du concours Piano en 1962 interprètent le concerto de Tchaïkovsky n° 1 (Ashkenazy) et le concerto de Liszt n° 1 (Ogdon). Très belle présentation, livret passionnant, qualité sonore remarquable et prix attractif ! Notons toutefois que ces enregistrements ont été réalisés en studio quelques jours seulement après le concours, alors que les pièces pour piano seul sont enregistrées live le jour de la finale !
Des artistes maintenant confirmés au début de leur carrière !

Les lauréats du second concours de 1962 Ashkenazy et Ogdon.
A Moscou, on peut également trouver les archives sonores du concours Tchaïkovsky sur CD. Le premier volume est consacré au concours de 1958 avec Van Cliburn et Valery Klimov: concerto n° 3 pour piano de Rachmaninov, concerto pour violon de Tchaïkovsky !En plus les lauréats des seconds prix du concours piano !

Les lauréats du premier concours de 1958 Van Cliburn et Valery Klimov.



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Dernière mise à jour le: 02/05/2007