DAVID FIODOROVICH
OISTRAKH

SA VIE

 De la naissance au concours de Bruxelles

La guerre

Les premières tournées

Le créateur et ses compositeurs

Le chef d'orchestre

Le pédagogue

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Le concours Tchaïkovsky

In memoriam   

De la naissance au concours de Bruxelles

Odessa, cette grande ville méridionale de la Russie, était au début de ce siècle l'un des centres culturels les plus vivants du pays. L'activité artistique, scientifique, littéraire y était des plus riches. La ville possédait une Université, un Théâtre, de nombreux journaux (quotidiens et périodiques), des cercles littéraires. La musique était présente partout: dans les cafés et les restaurants, des violonistes jouaient le répertoire de brasserie, des orchestres tziganes charmaient l'auditoire très cosmopolite (comme chez "Sachka Musikant", le fameux restaurant évoqué dans la nouvelle Gambrinus d'Alexandre Kuprin); Square Richelieu des ensembles de cuivres et des orchestres napolitains se produisaient tous les jours; chez les personnalités les plus aisées de la ville des quatuors à cordes et autres ensembles de chambre donnaient des concerts. Au Théâtre, le compositeur Glazunov venait diriger, Chaliapine, Sobinof, Caruso venaient chanter, on pouvait admirer Anna Pavlova et Isadora Duncan.

L'Opéra d'Odessa en 1971.
A gauche, l'École Stoliarsky.

Les races, les religions, les ethnies étaient très diversifiées et se côtoyaient dans une harmonie joyeuse. C'est dans cette ambiance particulièrement propice que naît, le 30 septembre 1908, le petit David Fiodorovich Kolker. Ses parents, d'origine juive, Fiodor Davidovich Oistrakh et Isabella Stepanovna Kolker vivent dans un petit appartement des quartiers sud d'Odessa. Son père est un modeste officier et sa mère chanteuse d'opéra. Son père (qui améliore sa solde en vendant des graines de tournesol) joue bien du violon, et également du cor et d'autres instruments à vents. Sa mère chante dans les choeurs de l'Opéra. Très tôt, elle emmène son fils aux répétitions de l'Orchestre de l'Opéra. Penché par dessus la balustrade de la fosse d'orchestre, juste derrière le pupitre du chef, le petit David est subjugué par la variété et par la puissance de tous ces instruments.

Fiodor Davidovich Oistrakh et Isabella Stepanovna Kolker

Puis, à l'âge de trois ans, David Fiodorovich reçoit un jouet, un petit violon, qui ne pouvait pas produire de son. C'est une révélation. Dans ces notes autobiographiques, Oistrakh se souvient:
"Aussi loin que remonte ma mémoire, il y a un violon. Mon premier violon, je l'ai reçu à l'âge de trois ans et demi. C'était un jouet. J'imaginais que j'étais un de ces musiciens de rue, profession peu enviable certes mais très répandue à l'époque. Je ne me sentais jamais aussi heureux que lorsque je me promenais dehors dans la cour avec mon violon!" Ce petit garçon n'aura de cesse que d'insister auprès de ses parents pour avoir un vrai violon, comme ceux qu'il voit et entend à l'Opéra, dans les rues, dans les cafés d'Odessa. Ce vrai violon, il l'a à cinq ans, et prend alors ses premières leçons. Sa mère demande à un flûtiste de l'Opéra de venir écouter le petit David Fiodorovich, afin de donner son avis sur le travail effectué : " N'insistez pas, Isabella Stepanovna, ce petit n'a aucun don. De plus, le métier de musicien d'orchestre ne paye pas beaucoup et il ne sera jamais soliste!".

David Fiodorovich à 5 ans

David, lui, travaille sans cesse, même si parfois, le vendredi soir, il coupe ses cordes ou arrache les crins de son archet afin d'échapper aux exercices: en effet, les magasins sont fermé le samedi, jour de shabbat, et donc, il est tranquille pour deux jours! Mais les frais sont trop importants pour la famille et, en guise de punition, il est privé d'Opéra. Le châtiment est efficace, car il cesse rapidement son petit manège: il aime trop aller voir l'orchestre et entendre la musique à l'Opéra!
C'est alors que sa mère le présente au célèbre professeur Piotr Solomonovich Stoliarsky. A cette époque, Stoliarsky n'est pas vieux, mais il est déjà très célèbre: il a fondé sa propre école de musique et a déjà "produit" beaucoup de violoniste. (Il était lui-même élève du violoniste polonais Stanislav Barcewicz puis de Joseph Karbulka). Stoliarsky rencontre Leopold Auer lors d'une tournée de ce dernier à Odessa, l'invite à son école: le grand pédagogue de St-Petersbourg (dédicataire du Concerto de Tchaïkovsky) ne tarit pas d'éloge sur la qualité de l'enseignement prodigué par Stoliarsky.

Piotr Solomonovich Stoliarsky et Leopold Auer en compagnie de Jasha Heifetz

Le petit David avait déjà souvent vu Piotr Stoliarsky jouer dans l'orchestre de l'Opéra. Il dira plus tard: "La première fois que je le vis, je devais avoir trois ans et demi. J'avais l'impression qu'il (Stoliarsky) attendait simplement le bon moment pour me proposer de venir travailler chez lui. Il y avait là 80 ou 90 enfants, des pupitres partout dans la grande maison, des boîtes à violon  et des partitions sur le sol! Toutes les mamans étaient là, dans un salon, bavardant et vantant chacunes les mérites de leur géniale progéniture!"
La pédagogie de Stoliarsky était fondée sur une connaissance intuitive de la psychologie de l'enfant: faire des exercices sous forme de jeu. Il connaissait les inclinations, les talents, le caractère de chacun de ses élèves. Il ne jouait que très rarement et n'imposait jamais la manière d'interpréter tel ou tel passage. Il préférait laisser chacun appréhender les difficultés afin de mieux les résoudre par ses propres moyens. Mais son oreille était partout et il surveillait constamment ses petits protégés! Tous étudiaient en même temps l'alto, jouaient dans de petits ensemble à l'unisson ou en orchestre, et donnaient souvent des auditions et des concerts afin de s'habituer au trac et au public. Les concerts rapportaient de l'argent à l'école et tous étaient conscients qu'il fallait faire vivre cette école particulière.

Puis vinrent les jours difficiles de la Première Guerre Mondiale, puis ceux de la Révolution d'Octobre 1917. C'est dans cette ambiance de guerre civile que le petit Oistrakh (il a 6 ans en 1914!) progresse dans ses études musicales. La situation se dégrade de jour en jour à Odessa: le gouvernement change 14 fois dans les trois mois qui suivent la Révolution. Les magasins se vident, le marché noir, la corruption, la délinquance se généralisent. La famille Oistrakh, comme tant d'autres, s'enfonce dans la pauvreté. Le pouvoir soviétique n'est définitivement installé qu'en février 1920. Pendant toutes ces années, Stoliarsky a préservé et ménagé autant que possible le confort quotidien de ses élèves. "Je me souviens des premières visites des nouveaux responsables de l'État à l'école Stoliarsky. Nous avions le sentiment qu'enfin quelqu'un s'intéressait à nous, que nous étions importants et même indispensables à la vie de notre pays. Je n'oublierai jamais ce jour où je revins à la maison avec une grosse miche de pain, l'équivalent de toute une semaine de ration! "

David Fiodorovich Oistrakh adolescent
La première apparition publique avait eut lieu en 1914, à l'âge de cinq ans et demi! Ce n'était pas un concert publique, mais une audition au sein de l'École, et, en tant que benjamin, c'est David Fiodorovich qui ouvrit la séance. Celui qui la clôturait était... Nathan Milstein, diplômé de l'École Stoliarsky! Ils jouèrent d'ailleurs ensemble, en quatuor, David premier violon et Nathan... au violoncelle!
Le premier véritable concert avec orchestre eut lieu en 1923, avec au programme le concerto en la mineur de J.S. Bach. On vit pour la première fois le nom de David Oistrakh sur des affiches l'année suivante. Elles annonçaient un récital avec au programme le concerto de J.S. Bach, la sonate le trille du diable de Tartini, les airs bohémiens de Sarasate, et toute une collection de pièces de virtuosité. Les murs de l'appartement familial furent vite retapissés... avec les affiches du concert! La première tournée se déroula en Ukraine en 1925, avec l'orchestre du Conservatoire d'Odessa.
David Fiodorovich quitta le conservatoire avec ses diplômes en 1926: au programme du concours de fin d'année la chacone de J.S Bach, la sonate de Tartini (qui lui avait déjà apporté beaucoup de succès et qu'il joua cette fois accompagné d'un quatuor à cordes), le premier concerto de Prokofiev et la sonate pour alto de A. Rubinstein. Le choix du programme est très révélateur des goûts artistiques de ce jeune homme: le concerto de Prokofiev venait d'être écrit et jouer cette oeuvre très difficile, quasiment inconnue à l'occasion d'un concours était une prise de risque énorme, mais également le moyen de se surpasser.
A SUIVRE...


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Dernière mise à jour le: 02/05/2007