DAVID FIODOROVICH
OISTRAKH
SES VIOLONS
David Oistrakh joua beaucoup de violons différents,
tout au long de sa vie, mais il resta fidèle au son des Stradivarius.
Il en posséda plus particulièrement deux qui l'accompagnèrent
très longtemps, Le Fontana et le Marsick.
Il est de coutume de donner aux instruments d'exception
un nom, souvent celui d'un illustre violoniste qui le joua, parfois celui
du commanditaire qui fit construire l'instrument.
Voici l'histoire des relations entre David Fiodorovich
et ses violons.
Stradivarius Le Berthier 1715.
Il ne faut pas croire de David Fiodorovich joua
tout de suite sur des instruments de qualité: loin de là!
Au début de sa carrière, il dût se contenter d'instruments
de qualité douteuse qu'il appelait avec humour des "samovars"!
Lors de ses débuts à Leningrad en 1928 avec l'Orchestre Philharmonique
et dès la première répétition avec l'orchestre,
le violoncelle solo le lui fit remarquer avec dédain: "Jeune homme,
on ne vient pas à Leningrad avec une pareille crêpe!"
Son fils, Igor Davidovich raconte "qu'il était capable de prendre
n'importe quel violon et en jouait aussi bien que si c'était le sien
depuis des années! Combien de fois a-t-il ainsi joué sur les
instruments de ses élèves, en tirant le meilleur comme s'il
s'agissait de Stradivarius!"
Stradivarius Le Cremonese 1715
Ayant appartenu à Joachim, Hill, Wurtlitzer.
Grâce à la complicité du
Conservateur du Musée Communal de Crémone,
j'ai eu le bonheur de jouer quelques minutes
sur cet instrument.
Un souvenir inoubliable.
Son premier Stradivarius s'appelait le Youssoupov
(1736) , du nom du Prince qui fut impliqué dans l'assassinat
de Raspoutine en 1916. Cet instrument, comme beaucoup de ceux qu'il utilisa
par la suite, faisait partir de la collection d'État d'Urss. Les chemins
qui menèrent à la constitution de cette collection sont obscurs
et parfois même scandaleux. On sait que l'État Soviétique
spolia tous les biens des membres des familles nobles, s'appropria ceux
des familles les plus riches de l'ex Grande Russie. Il en fut de même
avec le fameux Emprunt Russe, et plus tard, dans d'autres pays d'europe,
avec les biens des déportés juifs...
David Fiodorovich Oistrakh choisit un instrument
dans les locaux de la Collection d'État.
De dos, une de ses élèves, Lydia
Mordkovieva.
Il utilisa ensuite successivement l'Amiral Kayserinov
(1699), le Sergeï Shahovsky (1707), l'ex Poliakin (1712) et le Malakov
(1713). Son premier instrument personnel fut l'URSS, construit
par le luthier de Crémone en 1717. Lors de sa première tournée
en France, en 1953, il acheta le Comtesse Fontana de 1702. Étienne
Vatelot précise: "Cet instrument fut pendant de très longues
années la propriété d'une riche Princesse Italienne.
Un riche collectionneur (italien lui aussi) le lui acheta, et ce sont les
descendants de ce dernier qui cédèrent l'instrument à
David Fiodorovich. D'une grande beauté, cet instrument fut réalisé
à Crémone en 1702 par le luthier alors âgé de
58 ans. Il est à remarquer que, généralement, les violons
les plus célèbres conçus par Stradivarius, ont été
créés après 1700. C'est à partir de cette période
appelée "période d'or" que, s'évadant de l'influence
de son Maître Amati, Antonio Stradivarius réalise des instruments
proches de la perfection et dont les modèles inspirent encore les
luthiers d'aujourd'hui."
Actuellement, le Fontana est entre les
mains du violoniste Massimo Quarta
Stradivarius Le Fontana 1702. Présenté
ici par David Oistrakh.
En 1966, à Paris, David Fiodorovich achète
le Marsick (1705), du nom du grand violoniste belge.
C'est sur cet instrument qu'il jouera jusqu'à
la fin de sa vie.
Né en 1847 près de Liège
et mort à Paris en 1924, Martin Pierre Marsick fut élève
de Massart puis de Joseph Joachim. Professeur au Conservatoire de Paris,
il a pour élève Carl Flesh, Georges Enesco, Jacques Thibaut.
Pour en savoir plus, allez sur le site qui lui est
consacré, réalisé par son arrière petit-fils!
A gauche le Marsick 1705, à droite le
Fontana 1702.
Plus tard, la Reine Élisabeth de Belgique (elle-même
violoniste, ancienne élève d'Eugène Ysaÿe, Présidente
et organisatrice du concours qui porte son nom) qui était très
liée d'amitié avec David Fiodorovich lui légua son
Stradivarius qui depuis porte le nom de David Oistrakh. Après
la mort de David Fiodorovich, Igor Davidovich et Tamara Ivanovna décidèrent
de l'offrir au Musée Glinka de Moscou où il fut volé
en juin 1996.
Élisabeth de Belgique et David Fiodorovich
au Festival de Prades
David Fiodorovich utilisa exceptionnellement le Guarnerius
del Gesù Il Canonne (1742), qui fut la propriété
du célèbre virtuose Niccolò Paganini. Mais il
le trouvait trop puissant, trop difficile à maîtriser. Cet
instrument est actuellement la propriété de la ville de Gênes
qui organise le célèbre concours Paganini. Le lauréat
du Premier Prix a l'immense privilège de pouvoir utiliser cet instrument.
Enfin, DFO eut quelques temps entre les mains le Hawley (1702).
Stradivarius Le Messie 1716
Mais David Fiodorovich jouait également de l'alto.
Depuis ses études chez Piotr Stoliarsky, il n'a jamais abandonné
cet instrument dont il aimait le timbre de velours, semblable à
une voix féminine d'alto. Benjamin Mordkovich, professeur au Conservatoire
d'Odessa et lui-même élève de Stoliarsky raconte: "
Il (Stoliarsky) savait bien que celui qui maîtrise l'alto a une approche
plus ronde du son du violon. De plus, cela habitue à écouter
toute la richesse de l'harmonie des parties d'accompagnement. Il était
très attentif au travail au David Fiodorovich sur cet instrument.
" David Fiodorovich ne donna jamais de concert en tant qu'altiste soliste,
les seules exceptions étant Harold en Italie de Berlioz et les Duos
de Mozart (pour violon et alto) ainsi que la Symphonie Concertante
. Il jouait fréquemment avec Rudolf Barchaï, avec son
fils Igor Davidovich. Son instrument était d'Andréa Guarnerius,
un autre célèbre luthier de Crémone. Il est toujours
la propriété d'Igor Davidovich qui est également un
altiste merveilleux.
Pendant l'enregistrement de la Symphonie Concertante
de Mozart.
Igor au violon, David à l'alto.
Pour le plaisir des yeux, je
me permets de vous présenter mon violon ici.
Il s'agit d'un Cristoferro Gabrielli
de 1713, école de Florence.