DAVID FIODOROVICH
OISTRAKH
ODESSA 17/09/1908 -AMSTERDAM 24/10/1974

SOUVENIRS

 La première fois que j'ai entendu le son de David Fiodorovich Oistrakh, je devais avoir 7 ans. J'étais élève au Conservatoire depuis quelques mois et le choc fut immense: j'étais subjugué par tant de puissance expressive servie par un son d'une incroyable pureté. Pas la moindre trace sonore du frottement des crins sur les cordes. C'était le Concerto de Beethoven dirigé par André Cluytens. J'ai toujours ce disque chez moi. Il est si usé qu'il est inaudible maintenant! Mais il aura tellement bouleversé ma vie que rien ni personne ne pourra jamais me séparer de lui...

Pendant presque dix ans, je ne connaissais David Fiodorovich Oistrakh que par le disque et que par ce que  ma Professeur Danièle Artur m'en disait. Quatre années passées aux côté du Maître, à Moscou, de 1956 à 1959 avaient tellement nourrie sa vie personnelle, sa vie musicale, sa vie professionnelle. Elles ne furent que deux françaises, en tout et pour tout, à avoir été choisies pour cette aventure ( l'autre violoniste étant Michèle Boussinot qui alla à Moscou en 1954 et 1955). Quelle incroyable privilège pour moi que de recevoir l'enseignement de cette merveilleuse violoniste!

Danièle ARTUR en cours avec Oistrakh à Moscou en 1957.


Puis, vint le jour où je vis David Fiodorovich Oistrakh sur scène. C'était à Paris, au Théâtre des Champs-Elysées, au mois de juin 1973. Il jouait le Concerto de Brahms avec l'Orchestre de Paris dirigé par un jeune chef, Seiji Ozawa! Le succès fut immense, on bissa le soliste et l'orchestre! Oistrakh ne parlait que le russe et un peu l'allemand. Ozawa ne parlait que le chinois et un peu l'anglais (à l'époque). Soucieux de ménager la santé déjà fragile de son aîné (David Oistrakh avait passé plus de 2 mois à l'hôpital entre février et avril 1973), Seiji Ozawa proposa de reprendre le final APRÈS la cadence de violon... Mais David Oistrakh, lui, reprit AU DÉBUT du final... Après quelques secondes d'une incroyable cacophonie, la salle, l'orchestre, le chef et le soliste partirent d'un éclat de rire qui résonne encore à mes oreilles.
Et, finalement, on rejoua le final EN ENTIER!
C'était un peu plus d'un an avant la disparition brutale de David Fiodorovich Oistrakh, à  Amsterdam.


 Photos prise juste avant l'attaque du Cto de Brahms.
Minolta SRT 101 sans flash.

L'année suivante (en juin 1974), je vis David Fiodorovich Oistrakh pour la seconde et dernière fois, dans les mêmes conditions, à Paris, au théâtre des Champs-Elysées. Il jouait cette fois le Concerto de Beethoven. Le chef était Lorin Maazel. En bis, il joua ce terrible Caprice de Locatelli qu'il affectionnait particulièrement, "Le Labyrinthe" ( il le jouait souvent en bis et notamment lors de son Jubilé à Moscou, dans la Grande Salle du Conservatoire Tchaïkovsky, en octobre 1968, dans une version orchestrée par son ami le chef Gennadi Rojdestvenky ). En 1974, son état de santé était plus que précaire, et le médecin de l'Hôpital Américain de Paris qui l'avait examiné quelques jours plus tôt lui avait prescrit un repos absolu et surtout, le bannissement de tout effort du bras droit (les personnes cardiaques sauront de quoi il retourne!). Et ce Caprice de Locatelli est justement  un va-et-vient permanent du bras de bas en haut, jouant sur les quatre cordes du violon, à la vitesse de l'éclair, et ce, pendant près de six minutes! David Fiodorovich termina le concert épuisé. Nous eûmes le privilège de passer un long moment en sa compagnie, dans sa loge, avec Tamara, son épouse. Puis, nous allâmes dîner en ville. Et pendant le repas, il confia à Danièle Artur que les rapports avec Lorin Maazel avaient été plus que difficiles, tendus, et que ce concert non seulement ne le satisfaisait pas, mais même, l'avait vidé de toute énergie. 
Quelques semaines plus tard, il eut une nouvelle alerte cardiaque, en plein mois de juillet. La chaleur de cet été ne fit rien pour arranger les choses. Le concours Tchaïkovsky venait de se terminer. Les élèves de David Oistrakh avaient beaucoup sollicité leur Maître avant cette redoutable compétition internationale, la plus exigeante peut-être. David et Tamara prirent enfin quelques semaines de repos dans un sanatorium de RDA, Falkenstein. Puis, inlassablement, David Oistrakh reprit ses tournées, jouant  et dirigeant à Stockholm, jouant en Urss avec l'Orchestre Symphonique de Moscou, participant au Festival d'Automne de Kiev, dirigeant dans la grande salle du Conservatoire de Moscou un programme Brahms, avant de partir en Hollande...


David Oistrakh remet le Second Prix du Concours Tchaïkovsky
à Eugen FODOR en juillet 1974.


Il était invité par l'Orchestre du Concertgebow pour donner les Symphonies de Brahms, partitions dans lesquelles sa vision très claire et puissante de l'enchevêtrement des thèmes faisait merveille. Tout semblait aller pour le mieux, son état apparent était plutôt bon, comme en témoigne cette photo prise pendant les répétitions.

Plaisantant avec le violon solo du
Concertgebow d'Amsterdam, Ronald MASIN.


Le concert du 23 octobre fut un succès et les musiciens de l'Orchestre fêtèrent chaleureusement cette soirée avec David Oistrakh.

La dernière photo officielle de David Fiodorovich Oistrakh.
Dans la nuit 24 octobre, une nouvelle et brutale attaque cardiaque frappa David Oistrakh à son hôtel, ne laissant pas aux médecins la possibilité de le soigner ni même de le transporter à l'hôpital. Il mourut dans les bras de Tamara, celle qui fut sa compagne indéfectible depuis plus de cinquante ans.
Cette disparition mit fin à la carrière d'un artiste hors norme, mais, surtout, elle mit fin à la vie d'un être exquis de tendresse, d'attention, un homme toujours en recherche de perfection, ce qui, pour moi, dépasse l'entendement, tant son talent était déjà au-dessus de tous... 
Quelques semaines plus tard, à Paris, au Théâtre de la rue Blanche, près de la gare Saint-Lazare, Igor Davidovich donnait un récital. L'émotion était palpable dans chacune des notes qui sortait de son  Stradivarius ce soir-là. Et quand, le public réclamant un bis, Igor prit la parole pour dédier la Sérénade Mélancolique de Tchaïkovsky à la mémoire de son père, personne, et certainement  pas lui sur scène, ne put retenir ses larmes...





Signez mon livre d'or Dreambook
 Copyright © 1998/2007 webmaster@oistrakh.com

Dernière mise à jour le: 02/05/2007